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Le témoignage de François, 20 ans, parrain d'une petite fille Dong de Gao An

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Bonjour,

Je suis allé, l'année dernière (2010), dans un village des minorités Dong pour voir la petite fille que nous parrainons ! En fait, cela fait plusieurs années que nous parrainons grâce à l'association Couleurs de Chine, et on a forcément cette envie d'aller voir ces gens dans leur village.

Cela dit, c'était toujours resté dans le cadre du rêve, si je puis dire. Et puis, j'ai eu cette opportunité exceptionnelle qu'est celle de faire le tour de la Chine pendant 1 mois et demi, seul et par mes propres moyens. Je précise toutefois que même si j'avais 20 ans, je parlais couramment anglais et je connaissais les bases du chinois (60 heures de cours, je connaissais 200 signes environ, sans compter les heures de cours donnés par mes amis chinois), ce qui m'aura bien servi.

J'ai donc pu prendre le temps de chercher où se trouvait le village, comment y accéder, etc. Au final, cela s'est avéré un peu moins difficile que prévu, même si ça n'a pas été facile pour autant.


Une fois dans le Guangxi, et plus précisément à Guilin, je décide d'aller au village (j'ai trouvé par chance une page perso sur internet qui indique où se trouve village) en passant par les rizières en terrasse du dos du Dragon. De ces dernières, je rejoins Longsheng puis Sanjiang où je passe la nuit dans un hôtel. Je demande à la responsable comment se rendre au village et effectivement un bus part toutes les heures pour Fulu, avec un arrêt à Gao'an.

Dimanche 29 Août 2010 : Le bus part à 7 heures, je dois me lever tôt... mais je commence à avoir l'habitude maintenant, de toute façon, pour profiter de la Chine, mieux vaut se lever tôt le matin, après 5 semaines de voyage, ça ne me dérange plus. L'attente est interminable (2 heures 30 de bus, enfin, quand on est pressé...) mais les paysages sont très beaux, ça compense le tout. Je finis enfin par arriver à ce que l'on me dit être Gao'an. Et première surprise... Où est le village ? Je demande aux personnes qui sont en face de mon « arrêt »,
je leur montre l'adresse de la petite fille, et ils me disent que le village est... de l'autre côté de la rivière ! Et qu'il n'y a pas de pont. Les habitants utilisent des pirogues et font des aller-retour entre les 2 rives. Ils me font comprendre d'attendre sagement et qu'ils ont appelé le directeur de l'école.
Gao an
En attendant, ils me proposent à manger, et j'accepte avec plaisir. C'est épicé mais je commence à être habitué, je reviens du Sichuan. Ils m'accueillent chaleureusement, ils n'ont pas l'habitude de voir des étrangers.
Et au moment où je m'y attendais le moins, le directeur arrive. Avec... deux petites filles. Je ne comprends pas, pourquoi sont-elles deux ? Qin Mengchan, notre filleule, a bien changé et j'ai un
peu de mal à la reconnaître. L'autre petite fille est-elle une amie ? Une petite soeur ?
Et bien, c'est un peu plus subtil que ça, elles sont tout simplement jumelles !
Ca m'a fait un choc, ça n'était marqué nulle part dans les papiers que nous avons reçu, mais quelle belle surprise, elles sont deux !
Elles sont un peu impressionnées au début (moi aussi) et elles font leur timide. Puis le directeur me demande en chinois si je veux voir leur maison, et j'ai bien évidemment accepté.
Voyant que j'ai une valise à bandoulière en plus de mon sac à dos, notre filleule se met à la prendre. Voyant que ce petit bagage n'était pas si léger, elles l'ont donc porté à deux.

Nous sommes donc allés sur la rive de la rivière pour prendre la pirogue, d'autres personnes attendaient avec nous. La pirogue n'a pas mis de temps à venir, une personne se chargeait de faire
des aller-retour entre les 2 rives.

Puis j'ai suivi les 2 petites filles jusqu'à leur maison. Première impression : effectivement la maison (qui est une sorte de cabane), faite avec des petites planches de bois, rend compte de leur
situation assez précaire, mais d'un autre côté, une fois dedans, elle ne paraît pas fragile du tout. Il y a même un petit étage, que l'on trouve dans les maisons traditionnelles Dong (et  certainement dans les maisons d'autres minorités), où ils vont dormir. J'avais lu la description faite par Françoise (Fangfang), et elle regrettait le fait que les minorités perdent leur identité à cause de la télévision. Ils ont effectivement la télévision dans leur maison, mais ils s'en servent uniquement pour regarder des programmes propres aux minorités. Ce sont des programmes très traditionnels avec des personnes filmées en train de chanter dans le dialecte de la minorité, ou bien on peut aussi voir des spectacles traditionnels. La télévision les influence donc moins que je le pensais.

Une fois dans la maison, ils m'invitent à m'asseoir dans leur meilleur fauteuil. Il y a la grand-mère mais pas les parents. En effet, ils sont partis dans le Guangdong, la province à l'Est du Guangxi, pour travailler et avoir un meilleur salaire qu'en restant dans le village ou ses alentours. A ce sujet, les petites filles n'ont pas vraiment dit leur sentiment, mais à leur âge, et vu comment elles en ont parlé, j'ai bien vu qu'elles étaient tristes d'être coupées de leurs parents. Mais après avoir passé une journée entière dans ce village, je suis convaincu que c'est un des seuls points négatifs auxquels elles sont confrontées. Vous comprendrez certainement mieux mon point de vue après.

Qin Mengchan (notre filleule) me propose un bol de riz soufflé avec une sorte de thé qui va avec, je connais car j'en ai déjà goûté dans un autre village, et je trouve ça très bon. Puis j'essaie de discuter un peu mais mon chinois se retrouve vite limité. Je leur propose donc de regarder mes photos, pour leur montrer à quoi ressemble Shanghai, Suzhou, Nankin, la grande muraille au Nord de Pékin, ou encore les soldats de cuite de l'empereur QinshiHuang. Cela dit, ma batterie se retrouve vite épuisée (ce qui fait que je n'ai eu le temps de prendre que quelques photos du village).

 

Puis vient le temps des cadeaux. Le bagage que transportait les 2 petites filles n'était pas léger (sans être vraiment lourd non plus) mais il transportait surtout les cadeaux que nous avions préparé pour elle(s) en France. On pouvait y trouver en vrac 2 petites poupées, des fournitures scolaires, des boites en métal « Mont Saint-Michel » contenant des biscuits du même nom. En fait, je n'imaginais pas qu'il y avait autant à donner, et à la fin, les fillettes paraissaient un peu gênées de recevoir autant de cadeaux.

Une partie du début de l'après-midi était passée et rester enfermé dans la maison à essayer de me parler commençait à les lasser, donc nous sommes sortis. Un des professeurs de l'école financée par Couleur de Chine est venue pour m'ouvrir l'école, que je vois à quoi elle ressemble, etc. Les petites filles ainsi que le garçon qui les accompagnait étaient contents de pouvoir revenir dans leur salle de classe juste pour y jouer. Surtout que maintenant qu'elles rentrent toutes les deux au collège, elles n'iront plus à cette école. Je suis étonné d'y voir des livres d'exercice d'anglais, il me semblait pourtant que l'anglais était appris plus tard en Chine.

On me demande si je compte rester dans le village ou non. Je réponds alors que si j'avais l'opportunité de dormir dans le village, je restais, mais que dans le cas contraire, je prenais un
minibus pour rejoindre Sanjiang et revenir à Guilin. C'est le professeur qui me propose de dormir chez lui, et j'ai accepté sa proposition.

Concernant le mode de vie des habitants, j'apprends que l'eau potable se trouve être une source qui approvisionnent plusieurs sortes de petits puits qui se remplissent en permanence. Les habitants viennent avec leurs seaux et les remplissent pour les ramener chez eux. Une grosse louche se trouve près de ces puits au raz du sol, pour boire. Concernant les sanitaires, il y en avait chez le professeur, possesseur d'une maison « en dur ». Pour les possesseurs de maison comme celle de la petite fille, je ne sais pas comment ils se débrouillent, ils vont certainement chez des gens équipés comme le professeur.

Ce qui m'étonne le plus dans ce village, c'est que pour un occidental, on a l'impression qu'il leur manque tellement de choses... mais une fois là-bas, on voit bien qu'ils n'ont pas les mêmes besoins ni les mêmes attentes que nous. Pour être plus clair, j'ai eu l'impression qu'ils vivaient leur vie bien plus pleinement que nous, et qu'au final ils étaient en quelque sorte plus heureux que nous.

Notre société de consommation nous frustre en permanence, nous montrant des choses que l'on ne pourra jamais se payer, nous montrant que la réussite sociale et le gain d'échelon est extrêmement important alors qu'elle n'est réservée qu'à une minorité ; notre société nous fait courir après l'argent non pas parce qu'on en a besoin, mais parce qu'on a des envies. Sans compter les formalités administratives qui nous empêchent d'être tranquille, on a toujours quelque chose à faire, un rendez-vous à prendre quelque part, etc.
Le fait est que dans ce village, les gens vivent simplement et ne se posent pas autant de questions que nous, ils veulent juste vivre. Les enfants jouent ensemble un peu partout, on dirait que tout le village est comme une grande famille, que tous ces petits garçons et ces petites filles sont frères et sœurs. Quant aux familles, mis à part les parents obligés de travailler durement, elles vivent tranquillement, entre les grands-mères profitant de leur paisible village et les enfants jouant gaiement.


La village avait beau être pauvre, parfois sale et non nettoyé dans certaines ruelles, je n'ai jamais ressenti la pauvreté, les habitants ne l'ont jamais fait transparaitre car ils vivent avec, et ils la vivent bien. On ne se plaint pas qu'il nous manque quelque chose quand on ne sait pas qu'une telle chose existe. C'est finalement ce qui m'a le plus surpris. Ils ressentent bien plus le sentiment de plénitude que nous, en tout cas c'est comme ça que je l'ai ressenti.

J'en reviens au professeur. Le soir, je suis chez lui, sa femme a lancé un DVD où on peut entendre des chants des minorités Dong, c'est ce qu'elle écoute pendant qu'elle prépare à manger. Pendant ce temps-là, dans la maison, le bébé dort à côté de moi sur une sorte de lit qui fait plutôt office de banc. Et dans la maison, des enfants viennent jouer comme si c'était chez eux, au début je croyais même que certains des enfants étaient des enfants du professeur, mais non. La nuit tombe, on mange un repas un peu épicé qui se révéla très bon, on m'avait dit du bien de la cuisine des campagnes et je ne suis pas déçu. Le professeur dispose d'un « vrai » lit dans une chambre d'amis.

l'école de Gao An
Il se fait tard et je vais me coucher. Le lendemain matin, je me réveille assez tôt, après avoir bien dormi, malgré une petite chaleur assez pesante. Je devais partir le matin car j'avais prévu de voir le Pont (des Dong) de la pluie et du vent de Chengyang, et il me fallait revenir à Guilin avant la nuit. Le professeur m'a donc emmené à la pirogue pour que je rejoigne la route pour prendre un minibus.
Je n'ai malheureusement pas réussi à lui dire que j'aurais bien aimé revoir les 2 petites filles une dernière fois pour leur dire un dernier au revoir, mais bon, tant pis. De plus, je pensais avoir prévu assez d'argent mais le passage aux rizières en terrasse du dos du dragon, et plus généralement le périple de 3 jours pour aller jusqu'au village, m'a fait dépenser plus que je ne le pensais (et il n'y avait évidemment pas de distributeur dans les villes moyennes aux alentours) ; ayant à peine de quoi rentrer (ce qui se révéla vrai, il me restait à peine 10 yuans en rentrant à Guilin), je n'ai pas pu lui proposer de dédommagement pour la nuit. Je ne sais pas s'il aurait accepté, mais ne lui ayant pas demander, je n'ai pas pu avoir de réponse à ce sujet.


C'est ainsi que je quitte Gao'an pour continuer mon beau périple au Guangxi, une des plus belles provinces de la Chine, et pas seulement pour ses pics karstiques, mais aussi pour la découverte des villages de minorité ethnique. Une belle expérience en tout cas.

François Morvan

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